- L’odeur arrive directement au cortex olfactif, sans passer par le thalamus.
- L’amygdale et l’hippocampe s’activent quand une odeur ravive un souvenir personnel.
- Dans le roman de Proust, l’odeur se mêle au goût et à la chaleur : l’odorat seul ne suffit pas à l’expliquer.
- Une odeur ravive surtout des souvenirs anciens et chargés d’émotion, mais elle ne les rend pas forcément plus nets.
Sommaire
- Parfum et mémoire : comment une odeur fait revenir un souvenir
- La madeleine de Proust : une image littéraire, pas une preuve
- Une méta-analyse de 18 études mesure un avantage faible
- Enfance : les odeurs ramènent des souvenirs plus anciens
- Émotion et signification personnelle : ce qui donne sa force au souvenir
- Une odeur réveille-t-elle toujours un souvenir précis ?
- Foire aux questions
Il arrive qu’une odeur fasse revenir un souvenir d’enfance en quelques secondes, sans qu’on l’ait cherché.
Pourquoi l’odeur réveille-t-elle ce souvenir-là, et pas une photo ou un mot ?
Cet article explique quelles parties du cerveau entrent en jeu, ce que les études mesurent vraiment, et où s’arrête le mythe de la madeleine de Proust.
Parfum et mémoire : comment une odeur fait revenir un souvenir
Une odeur commence par les récepteurs du nez. Le bulbe olfactif reçoit ces signaux et les transmet aux régions du cerveau qui traitent les odeurs.
L’amygdale reçoit aussi des signaux liés aux odeurs. Elle traite les aspects émotionnels des expériences et participe au rappel des souvenirs chargés d’émotion.
L’hippocampe aide à former et à retrouver les souvenirs. Le cortex entorhinal lui transmet des signaux olfactifs, ce qui fait de lui le relais entre l’odeur et le souvenir.
Contrairement aux autres sens, l’odeur n’a pas besoin du thalamus, le relais qui transmet les informations au cortex. Elle arrive directement au cortex olfactif. Cela ne veut pas dire que toute l’information liée aux odeurs évite le thalamus.
Lors d’un rappel de souvenir lié à une odeur, l’imagerie montre une activité dans l’amygdale, l’hippocampe et le cortex parahippocampique. Ces zones sont associées au rappel : elles ne sont pas, à elles seules, ce qui le provoque.
La madeleine de Proust : une image littéraire, pas une preuve
Le « phénomène de Proust » désigne, dans la recherche, le rappel d’un souvenir personnel déclenché par une odeur. Le nom vient de l’écrivain et de son roman Du côté de chez Swann, publié le 14 novembre 1913.
Chez Proust, le narrateur retrouve son enfance en goûtant un gâteau trempé dans le thé. Mais le passage mêle le goût, la texture et la température à l’odeur. Le réduire à l’odorat seul simplifie le récit de Proust.
Le récit de Proust illustre un souvenir personnel. Mais il ne prouve pas qu’une odeur fait toujours revenir plus de souvenirs, ni des souvenirs plus précis ou plus vifs.
Dans les expériences, avec un indice unique, la personne sent une odeur puis raconte le souvenir qui lui vient. Avec un double indice, elle raconte un souvenir d’après le nom de l’odeur, puis de nouveau après l’avoir sentie.
Une méta-analyse de 18 études mesure un avantage faible
La valeur g mesure l’écart moyen entre deux types d’indices, en unités d’écart-type : plus elle est grande, plus l’écart est net.
| Critère | Souvenirs liés à une odeur | Souvenirs liés à d’autres indices |
|---|---|---|
| Intensité émotionnelle | Léger avantage, g = 0,23 | Niveau de référence |
| Agrément | Léger avantage, g = 0,20 | Niveau de référence |
| Impression de revivre le passé | Léger avantage, g = 0,22 | Niveau de référence |
| Ancienneté du souvenir | Souvenirs plus anciens, g = 0,53 | Souvenirs plus récents |
Pour la vivacité et la précision du souvenir, l’odeur ne fait pas mieux que les autres indices. Les écarts ne sont pas significatifs (p = 0,07 et p = 0,30).
Il faut séparer deux questions : combien de fois une odeur fait revenir un souvenir, et à quel point ce souvenir est net. Une odeur peut le ramener souvent sans le rendre plus clair.
Enfance : les odeurs ramènent des souvenirs plus anciens
Dans une expérience menée auprès de 93 personnes âgées, les souvenirs venus d’une odeur datent le plus souvent des dix premières années de vie.
Les souvenirs suscités par un mot ou une image viennent plutôt de la période de 11 à 20 ans. Une odeur de savon de l’enfance ramène donc plus souvent un souvenir ancien qu’un mot ou une photo.
Deux études donnent des résultats précis sur ces souvenirs :
- Dans la première, menée auprès de personnes âgées, les souvenirs liés aux odeurs donnent davantage l’impression de revivre le passé. Ces personnes avaient aussi rarement repensé à ces souvenirs avant l’expérience.
- Dans la seconde, avec 170 participants, les odeurs associées à l’enfance font rappeler des souvenirs jugés plus riches que ceux suscités par des images de l’enfance ou par des indices sans lien avec elle.
- Ces résultats portent sur des groupes précis. Ils ne montrent pas que chaque odeur fera revenir un souvenir aussi net chez tout le monde.
Émotion et signification personnelle : ce qui donne sa force au souvenir
Chez 72 personnes âgées, un souvenir déclenché par une odeur touche davantage l’émotion qu’un souvenir évoqué par des mots. Sentir une odeur réveille donc mieux l’émotion que lire ou entendre une description.
Les examens d’imagerie cérébrale vont dans le même sens. Quand l’odeur est liée à un souvenir personnel, l’amygdale, qui traite l’émotion, s’active, tout comme le cortex parahippocampique, qui joue un rôle dans la mémoire.
Ce qui donne sa force au souvenir, c’est le sens qu’il a pour la personne, plus que l’odeur. Une odeur chargée d’émotion ne ramène pas forcément un bon souvenir : cela dépend de l’odeur et de son ressenti.
Nommer l’odeur change aussi le souvenir. Dans une étude, la nommer en la présentant a réduit l’impression de revenir dans le passé et changé l’âge des souvenirs rappelés.
Une odeur réveille-t-elle toujours un souvenir précis ?
Non. Une odeur ne garantit ni un souvenir précis, ni un retour spectaculaire. Dans une étude menée auprès de personnes souffrant de dépression majeure, 6 % des réponses aux odeurs n’ont donné lieu à aucun souvenir.
Ce chiffre ne concerne que les participants de cette étude. Il montre seulement qu’une odeur réveille parfois un souvenir, sans que ce soit à chaque fois.
Une odeur peut ouvrir un souvenir, mais plusieurs facteurs font varier le résultat :
- La même odeur n’est pas perçue de la même façon. L’expérience passée, la culture, l’état physique et la capacité à reconnaître l’odeur changent le résultat.
- Le protocole compte aussi. Dans une expérience, les odeurs liées à l’enfance ont donné les souvenirs jugés les plus riches.
- Une odeur sert d’indice : elle aide à retrouver un souvenir, mais elle ne fait pas toujours revenir le même souvenir chez chaque personne.
Une odeur ravive un souvenir, mais elle ne le rend pas toujours plus net que les autres indices. Ce qui pèse le plus, c’est le sens que ce souvenir a pour la personne, bien plus que l’odeur seule.
Le prochain pas consiste à observer une odeur liée à l’enfance, à noter le souvenir qu’elle ramène, puis à voir s’il reste précis.
Foire aux questions
La perte d’odorat est-elle un symptôme courant de la maladie d’Alzheimer ?
Oui, la perte d’odorat peut accompagner la maladie d’Alzheimer, mais elle n’est pas propre à cette maladie. Elle peut aussi venir d’une infection, d’un nez bouché, du vieillissement ou de certains médicaments. Si l’odorat change, il faut voir un médecin.
Quelle est la cause de l’intolérance aux odeurs de parfum ?
L’intolérance aux parfums vient d’une réaction propre à chaque personne à l’odeur, comme une gêne respiratoire ou un mal de tête.
Le premier geste est de s’éloigner de la source. Si les symptômes reviennent ou inquiètent, il faut consulter un médecin.
Pourquoi sent-on parfois une odeur qui n’existe pas ?
On sent une odeur sans source quand l’odorat est modifié : c’est la phantosmie. Des infections, un traumatisme à la tête, certains médicaments ou des troubles du système nerveux peuvent modifier l’odorat. Si l’odeur persiste, il faut voir un médecin.
Un même parfum rappelle-t-il le même souvenir à deux personnes ?
Non. Un même parfum ne garantit pas le même souvenir : les expériences passées de chacun et sa façon de sentir les odeurs changent ce qui remonte. Deux personnes peuvent donc sentir la même odeur sans revivre la même scène.